Loup y es-tu ? (première partie)
[ Il est cerné ! Il ne peut que crier... mais son cri disparaît déjà, couvert par le crissement des pneus de la berline noire… ]
Marc D. est un bel homme. La petite trentaine, 1,80m, fin et musclé. Une coupe de cheveux à la mode. Rasé de frais. Une main dans la poche de ce costume italien hors de prix, coupé à ses mesures, il s'avance dans les couloirs de la maison de retraite d'Orgemont. Le pas d'habitude si assuré, n’arrive pas à masquer une certaine nervosité. Les lunettes noires cachent un regard fatigué.
"- Je viens voir mon oncle. Monsieur Faron. " Avait-il lâché, d'un ton sec à la jeune fille de l'accueil. Celle-ci, d'habitude si prompte à la répartie face aux gens peu aimables, n'arriva qu'à bredouiller un " Chambre 17 ! ", déstabilisée sans doute par le charismatique jeune homme.
" Les visites se terminent dans 10 minutes monsieur… " Ajouta-t-elle. Mais elle n'eut le temps que de voir la silhouette de l'homme, lui tournant le dos, disparaître au bout du couloir.
Marc est maintenant devant la porte de la chambre. Le regard lourd d'un infirmier l'empêche d'entrer à cet instant. Alors il réajuste son col de chemise, tire sur sa veste. L'infirmier, affecté au service du repas du soir, est entré dans une pièce voisine. Sans frapper, Marc D. appuie sur la clenche de la poignée et pousse la porte de la chambre 17.
La chambre aux murs blancs et jaunes, a cette odeur qu'ont les maisons des très vieilles personnes. Une odeur pas désagréable, mais inhabituelle à la jeunesse. Affalé dans un fauteuil un petit homme barbu et blanc, en peignoire et mule aux pieds, regarde par la fenêtre : derrière les champs, la nouvelle prison de Meaux-Chauconin se dresse, fier paquebot flambant neuf. Assez beau.
"- Tu en a mis du temps à venir. Alors ? Qu'est-ce que ça fait d'être la proie et non le chasseur ? dit le vieux avec une voix de vieux.
- C'est toi ! C'est toi qui me les as envoyé !
- Je n'ai rien envoyé du tout ! Ce qui devait arriver est arrivé c'est tout !
- Mais… " Marc D. se tient derrière le fauteuil de son parent. Des gouttes de sueur perlent son front. Il tire une sorte de petit carnet de l'intérieur de la veste de son costume. La couverture de l’ouvrage est faite d’un cuir rouge usé et élimé sur la tranche ; aucun titre. Tandis qu’il tient le livre dans sa paume gauche, Marc D. glisse l’index droit entre ses pages. Sans hésiter, il ouvre le carnbet à une page. Marc D. connait trop bien le contenu du carnet.
- Je t'en prie mon oncle… aide moi. " Marc D. fait à présent face à son parent. "
- Je ne peux rien pour toi. Les démons ne lâchent jamais une proie.
- Mais enfin il doit bien…
- Il n'y a rien à faire Marc ! On ne joue pas avec les démons de l'enfer… " Le corps du jeune homme tremble tout entier. Il tend le petit carnet rouge au vieil homme. Ce dernier lève la tête vers son neveu ; son regard semble vide. Une main blanche et crochue se soulève avec lenteur pour saisir le petit livre rouge. Mais à presque le toucher, la main du vieil homme, d'un revers envoie le livre des mains de son neveu sur le sol. "
- Que fais-tu vieux fou ! Hurle Marc.
- On ne peut détourner les démons. Ils ne lâchent jamais leur proie. Tu devras subir les conséquences de tes actes… "
Dans le couloir l'infirmier que Marc avait croisé plus tôt a entendu la dispute… "
- C'est toi qui m'as dit comment me servir du livre, comment invoquer les démons. Dis moi comment m'en débarrasser…
- Non il n'y a rien à faire. Les démons ne lâchent jamais leur proie. Jamais. Jamais… "
Marc D. tremblant de peur et de colère saisi le cou du vieil homme et serre tant qu'il peut.
- Vieux fou...
- HUURR HURRRg...
- Monsieur Faron est-ce que ça va ??? L'infirmier entre dans la chambre, suivi de la jeune fille de l'accueil et de deux personnes que leurs uniformes identifient comme étant d'autres infirmiers.
- Mais que faites vous ? Le personnel de la maison de retraite reste médusé devant la scène qui se déroule sous leurs yeux.
(Suite… partie 2)