La pleine Lune
Les trois jours que dure la pleine lune m’amène toujours l’insomnie.
Il était deux heures du matin lorsque, lasse de me retourner sous ma couette orange, éveillée comme en plein midi, j’allai faire un tour sur mon balcon. Tout était en place, l’olivier, les bambous, les caillebotis. Je levai les yeux : au loin, le restaurant Le Plein Ciel illuminé, surplombant la ville. J’y étais allée dîner une fois. On avait vue, comme de la cathédrale, sur toute la ville. Et là aussi, une terrasse en bois avec un gros olivier en pot.
Bon, le sommeil me fuyant, qu’allais-je faire ?
Surveiller les voitures ? Quelques-unes flambent parfois, mais c’est rare les nuits de lune ronde.
Compter les chats qui se pourchassaient sur les pelouses ?
Soudain, un drôle de son me fit lever la tête. Alors, un frisson me prit : là, à trente centimètres de mes cheveux, une bande de chauves-souris s’accrochait à l’auvent du balcon. J’avais tout connu dans mon appartement de Beauval : les cafards (heureusement disparus grâce à un procédé qui a fait….mouche), les mouches, les moustiques, les fourmis, les hannetons qui venaient s’assommer contre les murs, et mieux, les oiseaux. De toutes sortes. Mais de chauve-souris, jamais.
Mais, c’est pas vrai, me dis-je !
C’est alors que la chef de la troupe de chiroptères prit la parole : mais si, tu ne rêves pas. Ca fait déjà quinze jours que nous sommes là.
Je tournai la tête à 180° (si, si), personne d’autre n’était présent. C’était bien la bête qui parlait !
Voilà, expliqua-t-elle, les travaux entrepris dans les squares ont détruit notre grotte. En fait, nous squattons chez toi. Va falloir t’y faire !
La surprise passée me permit de répondre. D’accord, je vous donne l’hospitalité. A une condition.
J’écoute, dit le mammifère ailé.
Voilà, chaque nuit, puisque vous survolez Meaux, vous allez me faire un rapport. Oh ! Je ne veux rien savoir des travers de mes prochains, simplement les changements de l’environnement, le vent qui souffle de travers, les odeurs qui dérangent, les insectes qui rôdent. Et puis, décrivez-moi un peu ce qui vous attire, ce qui vous effraie, enfin, vous voyez…
La petite bête à tête de chien (j’aime les chiens) était d’accord. J’avais compris qu’elle était seule à savoir parler. Et peut-être bien que j’étais seule à la comprendre. Et j’allais attendre son prochain témoignage.
Je vous dirai, amis. Je vous dirai. Rien ne presse.
E.S.*
* cette histoire m'a été envoyée par Evelyne S. Il s'agit de la première histoire publiée sur L'homme Ville (et autres histoires), écrite par un autre auteur que le créateur de ce blog.